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Compte rendu de la conférence de JF Dhainaut, président de l’AERES, le jeudi 8 janvier 2009

samedi 10 janvier 2009, par Laurence

[|"L’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche : les ambitions de l’Agence"|]

De l’exposé de Jean-François Dhainaut pour présenter l’organisation, les objectifs et les premiers bilans de l’Aeres, on retiendra sa longueur (50 minutes) et son vocabulaire. Il n’était pas question d’encourager l’originalité des recherches, mais de « mettre en place un processus d’assurance qualité (…), de décliner le référentiel 1.2, (…) de demander aux évaluateurs non pas de rédiger un avis mais de remplir de multiples cases afin d’éviter une approche délibérément algorithmique ». Ce n’était pas le discours d’un scientifique mais d’un apparatchik du NMP (Nouveau Management Public), combinaison paradoxale de rhétorique libre-échangiste et de pratiques de contrôle quasi totalitaire .

Vint ensuite le temps des questions. Comme on va le voir, les réponses étaient inquiétantes pour ceux qui croient que l’AERES est une instance indépendante du pouvoir, avec à sa tête des personnes à l’écoute de la communauté scientifique, et qui prennent leurs responsabilités (voir la fable « la fourmi et le lion » sur le site de SLR http://www.sauvonslarecherche.fr/IMG/pps/La_Fourmi.pps).

« Pourquoi les commissions d’experts ne sont-elles composées que de nommés et ne comportent aucun élu ? » Ce point, qui pose problème à la communauté scientifique depuis la création de l’Aeres, a pourtant manifestement surpris son président, puisque après avoir entamé son couplet sur la compétence et la qualité des experts (qui n’étaient pas mises en cause par la question), il finit par bredouiller que « de toute façon, cela ne faisait pas de différence que les experts soient nommés ou élus ».

La deuxième question pointait l’absence de prise en compte des ITA lors de l’évaluation des laboratoires. Peu enthousiaste, JFD répondit : « c’est vrai, mais on ne néglige pas les ITA ; il faudra mettre en place leur évaluation par des petits comités qui viendront les trouver avant la visite par le (grand) comité ». Ce fut l’occasion pour A. Trautmann de souligner le risque de coupure entre la communauté scientifique et les experts d’une part (cf. 1ere question), et entre les chercheurs et les ingénieurs de recherche d’autre part. JFD se lança alors dans la justification de la sémantique de l’Aeres mise en cause par un participant à partir de l’exemple du terme d’assurance-qualité : premier argument, l’Aeres est soutenue pour l’usage de ce type de vocabulaire par des institutions telles que le CNRS (en fait par CNRS, il faut comprendre A. Migus) ; deuxième argument, «  l’assurance-qualité s’est révélée très efficace pour l’université ». De façon générale, la stratégie de JFD consista à montrer que ce sont les grandes instances de la recherche qui confèrent à l’Aeres sa légitimité : « J’ai vu Migus, nous sommes d’accord, etc. ». C’est l’expression parfaite, inquiétante d’une attitude de déresponsabilisation associée à la nouvelle structuration du système de recherche.

Fut ensuite soulevée la question de la parité hommes-femmes dans les commissions d’experts (équilibre en régression par rapport aux commissions du Comité National par exemple). Après avoir pris acte de la faible quantité d’expertes par rapport au nombre d’experts et promis de veiller à augmenter la présence féminine, il avança des éléments d’explications pour expliquer cette disparité : le pouvoir est une affaire masculine d’une part et, d’autre part, « les femmes en plus de leur métier doivent s’occuper de la maison, des enfants. Elles n’ont donc pas de temps à consacrer à l’Aeres ».

Vint ensuite la question de l’utilité de l’Aeres : « Ne fait-elle pas doublon par exemple avec le Comité National du CNRS ? » JFD rappela alors avec insistance que l’introduction de l’évaluation correspondait à un vœu des chercheurs exprimé lors des Etats Généraux de la recherche, point qu’A. Trautmann s’empressa de rectifier : les scientifiques sont favorables à une évaluation pour tous (notamment les enseignants-chercheurs), mais une évaluation faite par des pairs sur une base collégiale et qui soit représentative de la communauté scientifique. A. Trautmann profita de la question pour faire part de ses inquiétudes sur l’avenir du Comité National et lui demanda son avis sur ce point : «  Je ne suis pas qualifié pour faire de la prospective », s’entendit-il répondre par un JFD pressé de passer à la question suivante.

« Une évaluation spécifique des structures de recherche cliniques va-t-elle être envisagée ? » La réponse fut embrouillée : « Elle devait commencer cette année, mais avec la loi sur l’hôpital qui ne prend pas en compte la recherche, on a dû arrêter. Le dossier est reparti à l’Elysée ». Telle est la phrase qui venait clore une présentation qui s’était fait fort de clamer l’indépendance et l’impartialité de l’Aeres, garantes de sa qualité et du progrès qu’elle se promet d’apporter aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

CR par Anne Saada (SLU/SLR) et Alain Traumann (SLR)

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