Madame la Rectrice, Monsieur le Directeur, chers collègues,
Permettez‐moi d’abord de vous remercier pour l’honneur qui m’est fait, en tant qu’ambassadeur universitaire de la coopération avec la France. J’y suis d’autant plus sensible que le Québec est presque pour moi une seconde patrie, tant les relations d’amitié et les projets que nous avons pu mener en commun ont toujours été, pour moi, une source de joie et de fierté.
Dans cette courte allocution, je voudrais ‐ très modestement ‐ donner quelques pistes de réflexion, concernant la valorisation des résultats de la recherche qui reste l’un de mes sujets favoris de préoccupation, ayant rédigé, dès 1997, un rapport sur ce sujet pour le Ministre de la Recherche d’alors, François d’Aubert. Cette préoccupation est partagée avec le Directeur de l’INRS, Daniel Coderre.
Au XXIe siècle, la croissance économique de pays, comme les 2 nôtres, repose avant tout sur la capacité : ‐ à forger des idées nouvelles, à les diffuser sur le territoire ‐ et à les exploiter pour en faire des avantages concurrentiels.
Pour cela, nous disposons ‐ d’infrastructures de qualité, d’une jeunesse bien formée, ‐ d’une tradition multiséculaire d’excellence scientifique, ‐ et d’entrepreneurs que rien ne décourage.
L’innovation est devenue à la fois un moteur de croissance et un facteur décisif du succès des acteurs économiques.
Cependant, force est de constater que, ni le Québec, ni la France ne font la course en tête dans la valorisation des résultats de la recherche qui représente l’un des piliers de l’innovation. Cela est d’autant plus paradoxal que la recherche académique dans nos 2 pays est très concurrentielle.
Je ne verserai toutefois pas dans le catastrophisme. ‐ Beaucoup de progrès ont été accomplis dans le sens d’une meilleure sensibilisation des chercheurs aux opportunités offertes par le développement de collaborations plus étroites avec les entreprises.
‐ Une dynamique s’est mise en place, comme l’attestent l’accroissement continu du nombre de brevets et de créations d’entreprises par les laboratoires publics.
‐ La valorisation, longtemps considérée comme suspecte dans le monde scientifique académique, devient progressivement un élément favorable dans l’évaluation individuelle des chercheurs.
‐ Enfin, les laboratoires associant des équipes de chercheurs publics et privés voient le jour.
Ce constat pourrait même inciter à l’optimisme, si les progrès accomplis ne se révélaient insuffisants à l’aune des comparaisons internationales. Comment remédier à cette situation ?
Me paraissent essentiels, 4 outils, qui ont déjà portés leurs fruits en France.
1. Premièrement, placer les cellules de valorisation des universités au contact même des laboratoires de recherche, pour au moins deux raisons : ‐ la 1ère pour accentuer la pédagogie de la valorisation au sein même des équipes de recherche et ‐ la 2nde pour que toute découverte soit passée au crible de la cellule, avant toute publication qui rendrait caduque toute tentative de valorisation.
2. Deuxièmement, donner aux chercheurs les outils et la compétence qui leur manquent, dans le transfert de technologie et la création d’entreprises, à l’aide d’incubateurs d’entreprises au sein même du campus.
En France, depuis la loi sur l’innovation en 1999 (notons que, la même année était créée au Québec : VRQ), le bilan en 2006 était le suivant :
‐ 29 incubateurs répartis sur l’ensemble du territoire ont permis la création de 1 050 entreprises, correspondant à 61% des projets incubés. Parmi ceux‐ci, je permettrai de citer celui de l’Université Paris Descartes, Paris Biotech Santé, que nous avons initié avec Fabrice Brunet, directeur actuel du CHU Sainte Justine de Montréal
‐ 901 entreprises sont toujours en activité à la fin de 2006, soit 86% des entreprises créées, totalisant 4 200 emplois, soit 5 emplois par entreprise en moyenne.
‐ A leur création, 8% de ces entreprises ont un chiffre d’affaire < 50 000 € ; mais, au bout de 5 années, 10% de ces entreprises ont un chiffre d’affaire > 500 000 € contre < 1% pour le 1er exercice.
‐ Si l’on compare à l’ensemble des entreprises créées à la même période :
dans le cadre des incubateurs, 76% des entreprises persistent
après 5 ans et ont généré 6,5 emplois en moyenne,
alors que, pour l’ensemble des entreprises créées, seuls 50%
persistent après 5 ans et n’ont créé que 3,5 emplois.
Ainsi, les entreprises issues des incubateurs liés à la recherche publique ‐ sont nombreuses, ‐ génèrent un chiffre d’affaire non négligeable au bout de 5 ans, ‐ ont une durée de vie plus longue et créent plus d’emplois que les autres entreprises.
3. Le troisième outil d’aide à l’innovation technologique a été plus récemment expérimenté : ce sont les instituts Carnot, créés par la loi de programme pour la recherche en 2006.
Les Carnot sont des instituts sans murs qui ont une double mission ‐ d’assurer le ressourcement scientifique régulier de la recherche ‐ et de favoriser le développement d’une image de marque reconnue comme un label d’excellence par les industriels.
Ainsi l’originalité de ces instituts est de traiter la recherche académique et la recherche partenariale comme un continuum et de créer un cercle vertueux entre la recherche publique et la R & D des entreprises.
33 instituts ont été créés, couvrant les domaines suivants : ‐ électronique, micro‐ et nanotechnologies, optique ; ‐ vivant et écosystèmes ; ‐ mécanique, matériaux, chimie, énergies ; ‐ transport, aéronautique, espace.
Le pari passé en faveur du développement économique est en partie gagné :
‐ sur les 60 M € accordés par l’Etat, 76% sont allés au soutien du ressourcement scientifique ; mais les effets ne seront apparents bien évidemment qu’à plus long terme ;
‐ entre 2006 et 2008, les 20 premiers instituts Carnot ont augmenté leurs recettes de 22% ;
‐ enfin, les industriels interrogés considèrent que le dispositif des instituts Carnot donne effectivement plus de visibilité et plus d’efficacité aux liens qui les unissent aux laboratoires publics.
4. Le quatrième outil est constitué par les pôles de compétitivité. Il s’agit d’une mise en réseau d’organismes de recherche, d’universités, d’écoles d’ingénieurs, de grands groupes industriels et de PME au sein de des structures associatives, ayant pour finalité l’animation des réseaux locaux d’innovation. Le financement est assuré par l’Etat et les collectivités territoriales.
Depuis 2005, 71 pôles ont été créés, ce qui aurait pu créer une dilution. Ils ont pour mission de mettre en place des projets collaboratifs de R&D. Ces projets doivent être portés au minimum par 2 entreprises et 1 laboratoire, lesquels s’engagent à mettre un produit innovant sur le marché à échéance de 5 à 7 ans.
Une évaluation des pôles de compétitivité effectuée en 2008 montre, entre
autres signes positifs et encourageants pour l’avenir, que :
des passerelles nouvelles ont été créées entre universités et entreprises ;
l’ancrage de l’« innovation » dans les politiques locales est très fort ;
la naissance d’un pôle a été, en plusieurs endroits, un accélérateur pour
d’autres projets structurants : infrastructures de recherche, campus… ;
le nombre de projets financés est en forte croissance dans plus de la
moitié des pôles, mais 10% des pôles ont obtenu 55% des financements ;
39 pôles sur 71 ont atteint leurs objectifs et 19 seulement partiellement ;
le pôle de compétitivité constitue une marque reconnue du point de vue
national, mais aussi, pour les plus performants, international.
Conclusion
Cellules de valorisation dans les universités, incubateurs, instituts Carnot, pôles de compétitivité, le concours de dispositifs différents est une source incontestable de dynamisme. Néanmoins, il nécessite une coordination efficace, afin de ne pas disperser les forces et les moyens pour développer « l’innovation » avec les acteurs publics et privés de la recherche. Ces analyses sont proches de celles que Pierre Fortier avait faites pour le Québec en 2005.
Je vous ai rapidement présenté plusieurs exemples de réalisations en France qui tendent à montrer que la conscience est vive, vis‐à‐vis de l’importance capitale de l’innovation technologique pour répondre aux grands enjeux économiques et sociaux qu’affrontent nos sociétés en Europe, comme au Québec. Ce sera ma modeste contribution au débat pour ce jour.
Soyez remerciés de votre attention.