Le PRES Université de Lyon s’apprête à déposer le 4 janvier 2011 la candidature au projet « Initiatives d’Excellence » de l’ensemble des universités et des grandes écoles de Lyon/Saint Etienne. Le CA du PRES se réunira le 3 janvier pour valider définitivement l’architecture de cette candidature pour transmission au ministère.
De quoi s’agit-il ? Tout simplement de la restructuration programmée de l’enseignement supérieur et de la recherche des métropoles de Lyon et de Saint-Etienne, déléguée par les universités et les grandes écoles au PRES, sous couvert de réponse à l’appel d’offres « Initiatives d’Excellence » (il s’agit en fait de faire disparaître les universités dans leur forme et périmètre actuels).
Cette réponse doit répondre notamment à la condition suivante : « atteindre un degré élevé d’autonomie et une gouvernance équilibrée : un partage des rôles entre la communauté académique et l’exécutif pour le pilotage de l’Initiative d’Excellence, une grande autonomie de gestion, sous le contrôle d’un conseil d’administration resserré, largement ouvert à des représentants extérieurs ; une capacité de décision rapide sur les choix stratégiques et leur mise en oeuvre [1] ».
L’orientation de cette nouvelle « gouvernance » signifie clairement que la LRU donne toujours encore une trop grande place à la collégialité universitaire dans les prises de décisions, donc pas assez de « libertés » et qu’il faut y remédier. Selon Michel Lussault, président du PRES la future structure à l‘horizon 2015 sera une Université Fédérale, inspirée « des réflexions du rapport Aghion ». Mais à bien y regarder, le terme fédéral n’est utilisé que pour rassurer, car c’est bel et bien d’une fusion des universités dont il s’agit.
Présentée au CA du PRES le 26 novembre en tant que coquille pour laquelle les « briques » composantes doivent encore être « débattues », la forme de cette « université fédérale » est tout à fait conforme aux exigences gouvernementales. Elle comporte un CA restreint, conseillé par un Sénat Académique et par un Conseil Stratégique International, et serait composée de Collégiums et de Facultés (les « briques » qui ne sauraient être ni les Universités, ni les UFR actuelles). Les grandes écoles ont cependant obtenu l’assurance que leurs prérogatives en matière de recrutements et de financements seraient conservées [2], considérant que leur « fonctionnement actuel est déjà très intégré aux Universités, et qu’elles ont des missions spécifiques qui doivent être préservées [3] ». Si d’aucuns ont pu penser que cette nouvelle architecture de l’enseignement supérieur permettrait au moins une répartition plus équitable des moyens, ils font erreur.
Ainsi la réponse à cet appel d’offres conduit à remplacer nos universités avec ce qui leur reste de collégialité démocratique, par un nouvel établissement dont la gouvernance sera plus autoritaire, plus hiérarchique, et plus éloignée. On confirmera aussi l’existence d’un enseignement supérieur à deux vitesses (dont les effets sur les recrutements des universités sont bien connus), mais dont la critique sera plus difficile à faire, car devenant constitutif de l’université fédérale. Comment protester sur les répartitions inégales de moyens en postes et en financements quand l’excellence se trouve au sein de l’établissement ?
Tout l’effort sera donc fourni par les universités, par ses personnels et étudiants, pour le plus grand profit des grandes écoles qui auront su préserver leur fonctionnement. Et dans cet environnement d’excellence, que ces dernières incarnent et dont elles se réclament, comment imaginer qu’elles ne sauront pas se servir de l’image de marque des labels EX, pour définir avec les quelques laboratoires élus, (les A+) un nouveau limès ? Au total les positions relatives à l’excellence auront été tranchées durablement au sein de ce nouvel établissement, laissant prévoir des jours difficiles pour les formations et les recherches difficiles à rattacher au périmètre, en mettant à mal le service public d’enseignement supérieur et de recherche.
Le calendrier est prévu en quatre temps :
1. Le 4 janvier : dépôt de la candidature à l’Initiative d’Excellence (c’est en fait le projet
dans ses grandes lignes).
2. De janvier à avril 2011 : dans le cadre d’un « processus dialogué » seront remplies les
cases vides pour que le PRES puisse transmettre le projet définitif (qui ne sera pas
autre chose que l’architecture actuelle).
3. 2011-2012 : évolution du PRES grâce à ses nouveaux statuts.
4. 2015-2018 : mise en place de l’Université Fédérale de Lyon.
Quelles qu’aient pu être les critiques et remarques formulées concernant la définition de l’excellence, la pertinence des critères de sélection des laboratoires et des équipes avec leurs conséquences, la dénonciation du principe de concurrence imposé au profit de celui de collaboration, les aspects négatifs de la fusion sur les personnels et sur les usagers, il n’y a eu aucune évolution de la proposition du PRES. Tout se passe comme si les décisions étaient déjà prises au sein d’une bulle, et que la principale difficulté consistait maintenant en la manière de les présenter afin d’éviter du mieux possible, questions et réactions.
Le PRES n’est pas une structure démocratique : les décisions sont prises dans un entre-soi, par des personnes ayant des identités fortes de points de vue. Et ce ne sont pas les quelques élus qui peuvent y changer quoi que ce soit, car ils ne servent tout au plus que de « caution démocratique », pour légitimer à cet égard les décisions prises.
C’est pour ces raisons qu’il nous faut débattre de notre avenir au moyen des institutions que nous possédons au sein de nos établissements, et que nous devons exiger que le PRES ne soit pas l’instance décisionnelle se substituant à nos conseils, dans les prises de décision nous concernant.