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Education, Sarkozy n’a pas la moyenne - Libération, 19 avril 2012

jeudi 19 avril 2012, par Mariannick

Par MARIE PIQUEMAL, VÉRONIQUE SOULÉ.

Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait promis une « refondation » de l’école dans sa « Lettre aux éducateurs », tirée à un million d’exemplaires. En cinq ans, il a multiplié les réformes controversées et supprimé 80 000 postes, et laisse des enseignants amers d’avoir été aussi mal traités.

La formation des enseignants : zéro pointé

À l’origine, « mieux payer les profs »

Dès avril 2008, Nicolas Sarkozy annonce une réforme de la formation des enseignants, appelée « masterisation » : désormais les profs, du primaire comme du secondaire, devront avoir un master (bac+5), au lieu d’une licence (bac +3) la plupart du temps, pour passer le concours. Il explique que la revalorisation des profs est une « priorité » et que la masterisation va permettre de « payer davantage les jeunes enseignants ». Officiellement, il s’agit aussi de s’aligner sur le reste de l’Europe où, majoritairement, les profs ont un master.

La mise en œuvre, une contestation tous azimuts

La réforme est très controversée depuis le départ. Principale critique : l’année de formation en alternance dans les IUFM, qui suivait le concours, a été supprimée. Une fois le concours en poche, les nouveaux profs — les « stagiaires », qui seront titularisés au bout d’un an — sont parachutés en classe à plein-temps sans formation, démunis face aux élèves. Certains syndicats critiquent aussi la baisse du poids des épreuves disciplinaires dans le concours. Mais tous les syndicats s’accordent sur un point : cette réforme est une manière pour le gouvernement de faire des économies — 16 000 postes supprimés la première année.

Les conséquences, le ratage du quinquennat

Stress, démotivation, crise des vocations ... Beaucoup de jeunes profs souffrent de leurs conditions d’entrée dans la profession. [Témoignages à lire ici]. Les étudiants se plaignent de la difficulté à préparer à la fois le master et le concours à la fac. Et dans certaines disciplines, on peine à recruter. Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes a dressé un bilan sans appel de cette réforme ratée et plus coûteuse que prévue, avec des conséquences désastreuses pour les élèves. [Les détails ici].

La réforme de l’école primaire : déstabilisante

À l’origine, diminuer l’échec en fin de primaire

Dès septembre 2007, le ministre de l’Éducation Xavier Darcos annonce la suppression de la classe le samedi matin. Au grand dam des chronobiologistes, la semaine de quatre jours, qui existait ponctuellement, devient la règle. De vingt-six heures, la semaine passe à vingt-quatre heures. En contrepartie, les enseignants sont tenus d’organiser deux heures d’« aide personnalisée » pour les élèves en difficulté. Simultanément, une réforme des programmes est adoptée, avec un recentrage sur les fondamentaux, et des stages gratuits de « remise à niveau » en français et en maths sont créés pendant les vacances pour les CM1 et les CM2.

La mise en œuvre, dans la pagaille

L’organisation de l’aide personnalisée, la principale nouveauté, vire au casse-tête : selon les écoles, cela se passe le midi ou après les cours, et souvent en groupe. Les profs s’estiment mal formés pour aider les élèves en grande difficulté alors même que l’on supprime des postes de Rased, les maîtres spécialisés dans la difficulté scolaire [Sur ce sujet, lire ici et là]. D’autres enseignants refusent d’appliquer la réforme, par conviction. « Les désobéisseurs », comme ils se font appeler, boycottent aussi les fameuses évaluations mises en place en CE1 et CM2, jugées « déstabilisantes pour les élèves ».

Les conséquences, une école déstabilisée

Le débat sur les rythmes scolaires est relancé. Mais le ministre Luc Chatel n’a pas osé trancher, craignant de mécontenter les parents, les élus locaux ou les professionnels du tourisme. Il se félicite en revanche que la réforme du primaire a fait progresser les élèves au vu des évaluations de CE1. On est pourtant encore loin de l’objectif affiché au départ : diviser par trois en cinq ans le nombre d’élèves en difficulté (estimés à 15% à la sortie du CM2). Dans les classes, ces évaluations restent très contestées.

L’assouplissement de la carte scolaire : pagaille et appréhension

À l’origine, une promesse de campagne

En 2007, le candidat Sarkozy promet de redonner leur liberté aux familles pour choisir l’école de leurs enfants. Il estime que la carte scolaire est contournée par les parents les mieux informés qui arrivent toujours à inscrire leurs enfants dans les meilleurs établissements, alors que les autres sont condamnés à rester dans leur secteur. La supprimer serait, selon lui, faire œuvre de justice sociale. Dès son élection, il fixe à Xavier Darcos pour objectif de « rendre la carte scolaire superflue par l’égalisation du niveau des établissements ».

La mise en œuvre, entre confusion et incompréhension

Pour en finir avec l’« opacité » du système précédent, Xavier Darcos fixe des critères ouvrant droit à des dérogations : être boursier, handicapé, membre d’une fratrie, avoir un parcours scolaire particulier, etc. Mais il ne parle que d’un assouplissement de la carte scolaire : les élèves habitant près d’un établissement continuent d’avoir le droit d’y être scolarisés. Et comme les locaux ne sont pas extensibles, il reste finalement assez peu de places libres pour des dérogations… Beaucoup de familles, qui croyaient pouvoir choisir, sont déçues. Sans le dire, la suppression de la carte scolaire, infaisable, a été abandonnée.

Les conséquences, la situation est pire aujourd’hui

Toutes les études concluent à un impact limité. Contrairement aux prévisions les plus pessimistes, les collèges ghettos ont parfois perdu des élèves, les meilleurs en profitant pour partir. Mais ils n’ont pas été vidés de leurs effectifs et très peu ont dû fermer. Des élèves boursiers ont par ailleurs pu s’inscrire dans de « grands » lycées ou cités scolaires, introduisant une certaine mixité sociale. Mais leur nombre est limité. Les annonces autour de la carte scolaire ont surtout accru l’angoisse des familles et conforté l’idée d’une hiérarchie entre établissements.

Lire la suite ici

§ La création des « internats d’excellence » : limitée
§ La réforme du lycée : mitigée
§ La réforme de la voie professionnelle : division et inquiétude

Que reste-t-il du sarkozysme : « Libération » regarde dans le rétro et décrypte les principales réformes lancées par Nicolas Sarkozy en tant que président.

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