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Rentrée scolaire : le changement, ce sera pour 2013… ou 2014, Lucie Delaporte, Mediapart, 5 juin 2012

jeudi 7 juin 2012

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« La rentrée devait être catastrophique, elle ne sera pas bonne », résume Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa au sortir de sa rencontre avec le nouveau ministre de l’éducation nationale. Lundi, Vincent Peillon recevait pour la première fois de façon officielle les syndicats enseignants pour évoquer les mesures d’urgence pour la rentrée, mais aussi le calendrier de la concertation-négociation qui fixera les bases de la loi d’orientation sur l’école présentée à la rentrée.

Cette déception des organisations syndicales, le ministre l’a anticipée en martelant depuis plusieurs sa nomination que cette rentrée scolaire 2012 n’était pas la sienne mais celle de son prédécesseur. Alors que le gouvernement précédent, dans le cadre de la RGPP, a décidé de procéder à 14 000 nouvelles suppressions de postes pour la rentrée, les marges de manœuvre de la nouvelle équipe en place sont effectivement minces.

Lors de ces premiers échanges avec les syndicats enseignants qui ont été reçus tout au long de la journée de lundi, le nouveau ministre de l’Education nationale a tenu à ne pas s’engager, avant les législatives, au-delà de ce qu’il avait déjà annoncé à la sortie du conseil des ministres du 30 mai concernant son plan d’urgence. A savoir : revalorisation de l’allocation de rentrée scolaire, 1 000 postes supplémentaires d’enseignants affectés dans les établissements publics du primaire et dont la répartition devra se faire en fonction des urgences, mais aussi 2 000 postes d’assistants d’éducation et auxiliaires de vie scolaire. Le tout étant financé sur le collectif budgétaire de juillet.

Ces mesures de « compensation » destinées à « améliorer » une rentrée préparée par la droite, selon les termes utilisés par le ministre, apparaissent forcément bien insuffisantes à une communauté éducative dont les attentes, après cinq ans de casse, sont immenses.

Dans un cadre budgétaire très contraint, le ministre a donc surtout voulu donner des gages d’un changement de cap politique. Le décret sur l’évaluation des enseignants qui a suscité tant de critiques sera ainsi très rapidement abrogé, même si aucune date n’a été avancée. Lors des différents rendez-vous de la journée, Vincent Peillon a aussi confirmé que la circulaire de rentrée, publiée au BO du 27 mars, serait largement amendée. Un signe important puisque y est notamment inscrit le principe très décrié d’une évaluation en fin de cinquième et la possibilité de partir en alternance dès la classe de quatrième. Concernant les établissements ECLAIR, en zone d’éducation prioritaire, le nouveau texte devrait déminer les points les plus sensibles avant une suppression définitive du dispositif.

Recrutement Autre sujet compliqué, la formation des professeurs et la masterisation qui a conduit à un recrutement à bac +5 et supprimé l’année de stage en alternance dans les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM). En novembre dernier, le conseil d’Etat avait cassé plusieurs dispositions de cette réforme pour vice de forme. Le 1er juin 2012, un arrêt de la haute juridiction a fixé au 31 juillet la date limite à laquelle le nouveau gouvernement devra avoir trouvé une réponse juridique. Sans quoi, c’est l’ancien texte de 2006 qui s’appliquera, accordant aux futurs enseignants un quasi mi-temps en classe, mi-temps en formation. Dans un communiqué donné à l’AFP, le ministère annonce qu’« une régularisation juridique interviendra d’ici le 30 juillet », prolongeant de fait une réforme contre laquelle il s’est battu durant toute la campagne.

En attendant la rentrée 2013 et les nouveaux dispositifs, pour ceux dont la formation a été déconstruite par la réforme de la masterisation, «  il devrait y avoir trois heures de décharge pour une formation d’urgence », assure Frédérique Rolet, co-secrétaire générale du Snes, qui attend cependant qu’en soit « rapidement fixé le cadre ».

A ce sujet, l’idée évoquée par le ministre de faire revenir des retraités de l’éducation nationale pour faire du tutorat auprès de ces néo-enseignants, idée qui avait semé un certain trouble parmi les représentants des enseignants, a été présentée comme une piste parmi d’autres pour parer au plus pressé. « C’est une vieille idée qui traîne rue de Grenelle et qui a dû être revendue au ministre par des cadres de la rue de Grenelle car, effectivement, cela ne coûte rien, analyse Laurent Escure. Nous lui avons montré qu’il y avait d’autres solutions, notamment internes aux établissements. » Du côté du SGEN-CFDT, Thierry Cadart a obtenu la confirmation qu’il ne s’agirait que d’un dispositif d’urgence, en aucun cas susceptible d’être pérennisé.

Reste que pour une reconstruction complète de la formation, promise par le candidat Hollande, il faudra attendre la rentrée 2013, avec la mise sur pied des écoles supérieures du professorat, dont les premiers enseignants ne sortiront pas avant la rentrée 2014...

« Même si nous sommes conscients que la refondation de l’école se fera sur un temps long, nous pensons qu’il y a urgence à prendre dès aujourd’hui des mesures concernant le recrutement des enseignants », affirme Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes, qui déroule une délicate équation. « Aujourd’hui on peine déjà à recruter 6 000 profs par an. Dans le cadre de la fin de la RGPP, il faudrait donc passer à 12 000 par an et, en fait, plutôt à 15 000 à 16 000 pour alléger le service des nouveaux profs pour leur formation. Il est donc impératif de donner des signes pour permettre d’élargir le vivier. D’autant que nous sommes sur un schéma où nous avons 50 000 élèves de plus qui entrent chaque année dans le système. »

Parmi les pistes avancées : donner aux assistants d’éducation qui se destinent à l’enseignement la possibilité de préparer le concours dans de bonnes conditions en réduisant leur temps de service tout en les payant à temps plein. Le Snes propose aussi de retarder un peu le concours de l’année prochaine et préconise de cibler les pré-recrutements sur le Master 1 « pour qu’en 2014, il y ait du rendement », estime Daniel Robin.

Des mesures d’urgences dont les effets ne seront donc visibles qu’en 2014. Le monde enseignant, qui a plébiscité la candidature de François Hollande, sait désormais qu’il devra s’armer de patience.

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