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François Taddei : "Il ne faut pas seulement des cours en ligne, mais repenser la formation" - N. Brafman, Le Monde, 23 janvier 2013

jeudi 24 janvier 2013, par Mariannick

Extrait : « Mais apprend-on aussi bien ?

Pas forcément. Mais on apprend pour moins cher et d’une manière plus flexible »

François Taddei est directeur de recherche à l’Inserm et directeur de l’Institut innovant de formation par la recherche à Paris. Membre du Haut Conseil à l’éducation, ce généticien est très impliqué dans le Forum mondial de l’innovation pour l’éducation géré par le Qatar, le WISE.


L’université française a-t-elle conscience de la nécessité de faire évoluer ses modes d’enseignement à l’heure du numérique ?

Aujourd’hui, quand quelqu’un apprend quelque chose, cela devrait pouvoir bénéficier à d’autres apprenants du même niveau. Cela créerait un écosystème d’apprentissage coopératif et collaboratif, qui s’enrichirait au fur et à mesure. Or, les universités ne sont pas des environnements apprenants, au sens où la formation des étudiants n’est pas très différente d’il y a vingt ou trente ans. Il n’y a pas eu de progrès.

Sur l’enseignement à distance, je ne sens encore ni de vision ni de moyens pour mettre en place une vraie politique. On en est encore à débattre de l’utilité de monter dans le train pendant que d’autres construisent des lignes de chemin de fer et des TGV. Les Américains mettent des dizaines de millions de dollars sur la table. Le problème ne se résume pas seulement à la création de cours en ligne.

L’idéal serait de créer un comité transversal qui réfléchisse avec des philosophes, des scientifiques, des informaticiens, des sociologues... Qui développe une vraie stratégie. On inviterait nos collègues européens et on réfléchirait ensemble. Là, on aurait peut-être les moyens.

La France est donc très en retard à tous points de vue ?

Si l’on compare le CNED [Centre national d’enseignement à distance] à l’Open University anglaise, ou à ce qui se fait en Inde et au Canada, nous sommes en retard. Si l’on prend ce que l’on appelle les MOOC [Massive Open Online Course, des cours en ligne ouverts à tous] et ce que devrait être une université à l’heure où le numérique existe, nous sommes aussi en retard. Les Scandinaves et les Anglais bougent beaucoup plus vite que nous.

Il faut créer des expérimentations dans quelques lieux volontaires, dans lesquels on ne créera pas seulement des cours en ligne mais où on repensera aussi la formation dans son ensemble. Si ces expérimentations fonctionnent mieux que l’existant, et si elles ont une réelle valeur ajoutée pour les enseignants et les étudiants, alors on pourra les généraliser.

Comment expliquez-vous que le Massachusetts Institute of Technology (MIT) et Harvard se soient lancés sur ce terrain ?

Il fallait qu’ils répondent à ce qui se faisait en Californie. Ils ont compris qu’ils devaient réagir face à des acteurs comme Coursera ou Udacity pour éviter de prendre du retard. Et, malgré leur rivalité, ils ont réussi à travailler ensemble [et ont créé le MOOC edX]

Quel est véritablement l’enjeu de l’enseignement à distance ?

C’est simple, lorsque l’on voit que les MOOC croissent plus vite que Facebook, la question est de savoir s’il restera des étudiants dans les amphis français demain ou s’ils suivront tous un cours fait dans un pays anglo-saxon plus ou moins bien traduit ?

Les MOOC évoluent plus vite que l’enseignement traditionnel. Evidemment, ils ne sont pas parfaits, mais ils vont s’améliorer car ils ont l’avantage, par rapport aux universités classiques, d’avoir une quantité de données très fines sur la manière dont les étudiants apprennent.

Mais apprend-on aussi bien ?

Pas forcément. Mais on apprend pour moins cher et d’une manière plus flexible. Et puis on rend accessible le savoir au plus grand nombre, notamment aux pays en développement.

Pour pouvoir répondre aux besoins d’éducation de ces pays, il faudrait ouvrir quantité d’universités, ce qui est impossible. D’ailleurs, les universités américaines qui se sont lancées sur ce marché ne l’ont pas vu comme une menace pour leur propre campus.

Avec le développement des universités en ligne, comment peut évoluer le rôle du professeur ?

Les professeurs sont débordés, ils n’ont pas toujours le temps pour les étudiants ni pour la recherche. Si, demain, on leur dit : les universités en ligne vont libérer du temps que vous pourrez utiliser pour répondre aux questions de vos étudiants, les aider à s’orienter intellectuellement, socialement et professionnellement, beaucoup seront prêts à sauter le pas.

Certains redoutent que les MOOC soient au contraire source d’élitisme et renforcent les inégalités ?

C’est un risque. Tout le monde va pouvoir accéder à la substance brute, mais la capacité à en faire quelque chose de pertinent n’est pas évidente. Si on veut aider chacun, il faut réfléchir à l’accompagnement des étudiants.

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