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Education : trente écoles du professorat doivent ouvrir dès septembre - Lucie Delaporte, Médiapart, 2 juillet 2013

mardi 2 juillet 2013, par Clèves, princesse

Attention, peinture fraîche. Vincent Peillon et Geneviève Fioraso qui ont officiellement inauguré ce lundi les nouvelles écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) à l’université Lyon 1 le savent : « Le plus important chantier de la refondation » est loin d’être achevé. Dès septembre, les trente ESPE ainsi créées, une par académie, vont en effet recevoir près de 40 000 étudiants au sein des universités dans un cadre qui, s’il commence un peu à se préciser, reste encore flou sous bien des aspects. Réunis à Lyon pour assister à une présentation du projet de l’académie, les deux ministres n’ont pu faire autrement que de défendre cette démarche « work in progress », que certains jugent tâtonnante.

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«  À la rentrée, il y aura des imperfections, et je vais vous faire une confidence, il y en aura aussi à la rentrée 2014 et à la rentrée 2015, a reconnu Vincent Peillon. Nous partons, selon les académies et selon les territoires, de situations différentes. » Car le contexte d’autonomie des universités pèse lourdement sur ce chantier que le ministre présente comme le principal pilier de sa refondation de l’école.

Depuis décembre, les universités autonomes travaillent ainsi sur leurs maquettes de formation dans le cadre d’un cahier des charges défini par les deux ministères. Au moins trois projets, jugés trop médiocres, n’ont toujours pas reçu l’aval ministériel à deux mois de la rentrée. Une dizaine d’entre eux seraient tout juste passables, indique l’entourage ministériel. Trois ans après la mise en œuvre de la « masterisation » qui a supprimé l’année de formation en alternance, et dont les effets ont été unanimement dénoncés, le ministre de l’éducation nationale avait hâte de tourner la page. Il a voulu aller vite, expliquant à ceux qui demandait un moratoire d’un an, comme le SNESUP majoritaire dans le supérieur, qu’il ne voulait pas une nouvelle génération de jeunes profs « sacrifiée ».

La mise en œuvre des nouveaux masters « métier de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (MEEF) a représenté un véritable casse-tête pour les universitaires chargés de l’élaborer. Comment, par exemple, caser quatre semaines de stages la première année tout en ne sacrifiant rien de la formation disciplinaire et de la préparation du concours ? Comment en deuxième année imaginer un parcours où l’enseignant stagiaire, à mi-temps devant ses classes, continue sa formation professionnelle tout en rédigeant un mémoire ? Le calendrier bousculé, les directives qui n’ont, au fil des semaines, cessé de changer ont mis sur les nerfs les équipes chargées de ces projets.

Inégalités entre les académies

Ce lundi, les deux ministres n’ont eu de cesse de saluer le « travail énorme effectué dans des temps très courts », comme l’a rappelé Geneviève Fioraso. Quitte à souligner que certains ont manifestement mieux travaillé que d’autres. Devant le projet lyonnais de formation au numérique, Vincent Peillon a pris soin de relever que «  si vous êtes en avance, c’est que vous avez commencé plus tôt ».

Car, le ministre le sait, le plus grand risque pour cette réforme est d’accroître une fois de plus les inégalités entre les académies, certaines ayant des projets très aboutis quand d’autres n’ont fait, pour des raisons financières ou politiques, que le strict minimum. À écouter les ministres, qui ne semblent pas forcément sur la même ligne, il est difficile de savoir si l’autonomie des universités est sur ce point une chance ou un handicap. Geneviève Fioraso, qui semble pencher plus nettement pour la première solution, a assuré qu’« entre l’État stratège et les universités autonomes, l’équilibre subtil sera le gage de la réussite des ESPE ».

Alors que bien des questions pratiques restent en suspens, le ministre de l’éducation nationale a préféré s’en tenir aux grands principes, soucieux sans doute de ne pas trop entrer dans des détails dont on devine qu’il n’a pas toutes les clés – sur le budget de ces ESPE, notamment. « Chaque grande réforme de l’éducation a commencé par la formation des enseignants. Ce que nous serons en 2050 dépendra de ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui », a-t-il déclaré soulignant que sur les 60 000 postes recréés dans l’éducation, 27 000 postes seraient consacrés à cette formation.

Sur le fond, et même si à première vue cela pourrait y ressembler, les ministres ont rappelé qu’il n’était pas question de « ressusciter » les IUFM. Les ESPE accueilleront ainsi les étudiants qui se destinent à enseigner « de la maternelle à l’université », mais aussi l’ensemble des professionnels de l’éducation. Les cours seront assurés par « des équipes pédagogiques plurielles » composées d’universitaires, d’enseignants en activité du premier et second degré, de maîtres formateurs, d’inspecteurs et chefs d’établissement…

« Il faut changer nos habitudes de travail », a martelé Vincent Peillon pointant le risque d’avoir des écoles hors sol où des enseignants n’ayant pas vu d’élèves depuis des décennies donnent des leçons de gestion de classe aux enseignants stagiaires. « Ce seront des écoles ouvertes sur leur environnement associatif, économique, culturel », a pour sa part indiqué la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Surtout, à travers la mise en place de concours « rénovés », placés en fin de première année de master, l’évaluation des candidats devra désormais se faire sur des critères autant professionnels que disciplinaires. Enfin, autre différence, les ESPE assureront la formation initiale et la formation continue, même si pour cette dernière, notoirement sinistrée, aucun budget particulier n’est prévu. Mais comme les ministres l’ont promis, les ESPE ne pourront que s’améliorer...

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