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De notre SLUtiste embeddé à l’Assemblée Nationale - 26 mai 2013

dimanche 26 mai 2013, par Mademoiselle de Scudéry

LRU 2.0 : There is no alternative in the French National Assembly

La manifestation du 22 mai contre la loi Fioraso, aussi connue sous le nom de LRU 2.0, s’était fort bien déroulée aux cris de "Pécresse en a rêvé, Fioraso l’a fait, le changement c’est pire qu’avant", "Cahuzac l’a fait, Fioraso peut le faire, dé-mi-ssion !!", et autre chanson bon enfant sur les, non pas trahisons, mais, disons plutôt, "compréhensions" successives de ces deux LRU, de la part des présidents successifs de l’UNEF, tour à tour, solférinistes exemplaires, membres du Conseil Économique et Social et/ou conseiller relations enseignement supérieur et emploi au cabinet de Geneviève Fioraso.

La manifestation avait fini par aboutir à l’arrière de l’Assemblée Nationale sur la place Edouard Herriot, où nous avions pu entendre au micro les Députées Isabelle Attard et Marie-Georges Buffet (respectivement secrétaire —écologiste— et vice-présidente —Gauche démocrate et républicaine — de la Commission des Affaires Culturelles et de l’Éducation) exprimer, avec netteté, en ce jour de début des débats sur la loi, leur opposition à la LRU 2.0.

Est-ce le résultat de ces paroles tellement à contre courant du consensus clairement établi par les courageux journalistes d’investigations et experts indépendants de nos journaux et media de référence, est-ce la proximité de tous ces intellectuels rétifs à l’ardente obligation de la territorialisation de la recherche française dans une Europe des Régions, et leurs, si nécessaires, transferts innovatifs, intellectuels s’accrochant lamentablement à leurs statuts aussi surannés que le Conseil National de la Résistance, assurément incapables de comprendre, malgré les lumineuses explications de Nicolas Doze ou Emmanuel Lechypre, les enjeux de la mondialisation et la suprématie du modèle allemand grâce aux réformes Hartz Vier de l’ex-chancellier Gerard Schröder, qui maintenant travaille pour Gazprom (le bon docteur Hartz ayant, lui, fort injustement été inculpé de 44 chefs d’accusation, dont l’abus de confiance) ? Quelle qu’en soit la raison, mes neurones, ainsi bizarrement stimulés, se rappellent soudain que, comme exigé par l’article 33 de la Constitution, les séances de l’Assemblée Nationale sont encore publiques, et donc accessibles à chaque citoyen, en tribunes publiques, à condition de disposer d’un « billet de séance » ou de la « carte d’invitation » d’un député.

Toujours sous l’emprise de cette stimulation neuronale perverse, j’aborde effrontément, dans un moment de folie passagère, l’assistante parlementaire d’une des deux députés et obtient d’elle la possibilité que l’on m’octroie un tel carton.

Je me dirige alors, après contournement de tous les barrages des forces de l’ordre (maintenant si virilement aguerris par la succession de manifestations contre le mariage pour tous) vers l’entrée de l’Assemblée Nationale. Au guichet d’entrée mon nom ayant été donné, je récupère mon carton, et, après avoir montré ma carte d’identité, avoir laissé au guichet mon prosélyte et provocateur badge de SLU, et les différents objets contondants qui ne me quittent jamais, après avoir passé différents portiques de sécurité, traversé différents couloirs, descendu et monté différents escaliers, et dernière étape, déposé ma sacoche et ma gabardine élimée de vieux chercheur dans une consigne, après avoir lu le sévère avertissement que "Le public admis en séance se tient assis et découvert, il doit observer le silence et ne donner aucune marque d’approbation ou d’improbation", j’accède enfin, avec le strict minimum autorisé, papier et stylos, au balcon C où, au maximum, une quinzaine de personnes peuvent être présentes pour assister aux séances parlementaires.

Fichtre, je viens encore de faire une de mes phrases proustiennes (je parle de la longueur pas du style). Je me rappelle la phrase de la Ministre « si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust … ».

Je vous promets de rectifier le tir. Je vais tenter de me soumettre, hic et nunc, si ce n’est à la lettre du globish, au moins à son fond : une succession de phrases creuses et courtes.
Sorry.

Les autres balcons voient se succéder des visites guidées de groupes de collégiens, lycéens à qui leurs professeurs auront donné quelques explications métaphoriques : "vous voyez le rapporteur c’est un peu comme votre délégué de classe, il rend compte de ce que la commission a dit", "si vous voyez très peu de députés dans l’hémicycle, ce n’est pas qu’ils ne travaillent jamais et sèchent les cours : ils travaillent ailleurs".

Je peux enfin m’asseoir sur le velours rouge carmin d’un des (mini) bancs. Ces bancs méritent d’être classés parmi les bancs les plus inconfortables de la planète. Ils ne permettent que de se tenir en biseau et non assis normalement, perpendiculairement. Le privilège d’assister à une séance publique de l’Assemblée Nationale doit donc se mériter par des torsions lombaires et d’intenses douleurs fessières.
Dura lex sed lex .

"Les inventions devront remonter à leurs directions" ... "PME de l’UE" ... "faire souffler l’esprit de recherche dans nos grandes entreprises" ... "Titre 6" ... "transfert comme mission clef ...maïeutique... 15% des primants, 39% des redoublants, 2/3 n’obtiennent aucun débouché" ... bassesse ? Bac cesse ? pas cèsse ?... conserver un amendement voté en commission ... sagesse ... sous-amendement ... ».

Ouch ! ... quand ils ne parlent pas comme dans BFM Business (où là, tout le monde comprend : ce qui est bon pour l’entreprise est bon pour le peuple ...), cela jargonne sec, il va falloir s’accrocher.

Soudain, l’esprit primant sur la matière, mes neurones se remettent enfin à fonctionner, priorisant les stimuli, négligeant ceux venant de mon fessier endolori.

"Bassesse" c’était en fait "PACES" i.e. "première année commune des études de santé" (pourquoi parler une langue bientôt morte, comme le français, quand on peut jargonner de l’acronyme ?). "Sagesse" c’est le "short" pour "Le gouvernement s’en est remis à la sagesse de l’Assemblée" (pourquoi parler une langue bientôt morte, comme le français, quand on peut parler codé ?).

C’est bon, je viens de raccrocher !

"Mme la Ministre, Mr le Rapporteur de la Commission, que nous venons d’écouter avec attention ... faire le pari de l’avenir, .. rayonnement international, ... Projet de loi de refondation ... réussite éducative pour tous ... continuité ... cohérence ... le Parlement est entièrement mobilisé ... excellemment fait par vous Mme la Ministre ... pari de la réussite étudiante, à la fois pari et attente ... objectif majeur réduire l’échec en premières années universitaires ... nourri par le rapport de notre collègue Jean-Yves Le Déault ... travail en profondeur des deux rapporteurs Vincent Feltesse, Christophe Borgel ... ".

"Le débat s’est peut-être quelque peu focalisé sur un article, l’article 2, ... faculté qu’elle permet d’offrir des cours en anglais ... l’ère numérique est celle du plurilinguisme ... accueillir des étudiants étrangers ... vecteur efficace de la francophonie ... "

On admirera ici la litote, le débat ayant été enkysté durant plus de deux heures sur la question de la place des langues étrangères dans l’enseignement supérieur et la recherche. Bien sûr, chacun aura compris, à l’heure où une majorité d’américains parlent espagnol, que le mandarin avec 873 millions est la langue la plus parlée au monde, l’hindi venant après, et que l’Allemagne dirige l’Europe, que le vocable "langues étrangères" veut dire, non pas l’anglais de Shakespeare, « ’Tis the time’s plague when madmen lead the blind » (c’est un malheur du temps que les fous guident les aveugles), mais un sabir, l’anglais mondialisé bruxellois du New Public Management et autres MBA. Ceci étant, c’est le seul sujet de notre LRU2 qui intéresse les pugnaces et scrupuleux journalistes d’investigation de nos medias. A l’heure où des présidents d’Université se vantent de violer chaque jour la loi (Toubon), le moins que l’on pouvait faire, c’était d’en parler abondamment.

Un point de fixation c’est fait pour cela : fixer.

"Le débat en commission a été riche ... votre présence a été ... rôle des régions ... stage en milieu professionnel ... ce texte pose les bases d’un projet politique ambitieux ... défis sociaux, économiques, ...".

"Délégation au droit de la femme, sujet transversal par nature ... lien entre recherche universitaire et recherche industriel ...".

"Je dois vous féliciter Mme la Ministre d’avoir introduit l’état stratège" (rires énormes venant des bancs de l’UMP) ... la petite PME ... de plus la compréhension partagée ... au risque de passer pour archaïque (immenses et sarcastiques << mais non, mais non !!! >> venant des bancs de l’UMP) ... les Centres de Techniques Industriels créés par Ramadier, le 22 juillet 1948 ... structures para-publiques œuvrant dans le béton, la mécanique, le bois, les cuirs, la fonderie, le textile, la soudure, la plasturgie ... villes de Rodez, Nantes, Grenoble ... centres de hautes compétences, permettre aux PME de disposer d’un guichet unique pour ... le fameux effet "cafétéria" ... Conseil National de la Recherche et de l’Innovation".

En parlant de cafétéria, des appariteurs servent des cafés à la Ministre, aux rapporteurs.
Très stylés les appariteurs avec leur impeccable livrée et leur maintien. Grand Siècle même (comme dirait Nicole Notat).

Quand je parlais de primat de l’esprit sur la matière, un basculement commence à s’opérer, mes fesses, maintenant endolories, me faisant perdre en concentration : l’allusion à Ramadier me fait penser à René Coty, Hubert Bonisseur de La Bath, et des histoires de ramequins. L’association d’idées entre Ramadier et ramequin est, somme toute, plus lexicographique que profonde. Ramequin et cafétéria fait plus de sens, mais pourquoi ai-je en tête une nappe de restaurant à carreaux Vichy ? Curieux, quand même, comme le cerveau peut (dys)fonctionner quand on a le derrière atrocement endolori. Afin de regagner en concentration, je quitte, à pas hyperfeutrés, mon banc pour m’asseoir sur le banc vide situé un mètre plus à droite, afin de soulager une fesse droite totalement en compote, et d’échanger une torsion lombaire dextrogyre pour une torsion lombaire lévogyre.

"Hé !!! Hé !!! Vous vous asseyez et vous ne bougez plus !!" m’assène un appariteur plus que revêche.

Dans un hémicycle rempli par au moins 28 députés, une intervention attire mon attention.
"Mme la Ministre je reste dubitative ... la sélection scandaleuse ... primauté des QCM ...
Mme la Ministre je serai vigilante ..." "Les Assises ont révélé une perte de confiance ... ils ont fait de la géologie en accumulant les strates (sonores interventions sarcastiques de l’UMP <>) ... orientation par l’échec".

En fait pour ceux qui ont pu suivre des débats sur la chaîne parlementaire, les micros ne captent pas les interventions hors micro, même les plus tonitruantes et déstabilisantes pour l’orateur. Assister à la séance au balcon ou devant une télévision (ou un écran d’ordinateur) sont vraiment des choses différentes. Les perfidies et sarcasmes des députés entre eux rajoutent beaucoup de sel au ramequin, je veux dire à la chose.

Séquence nostalgie. Valérie Pécresse rentre dans l’hémicycle. De façon intéressante elle porte la même veste rouge carotte que la Ministre Fioraso. De la LRU1 à la LRU2 nous restons donc dans un même code couleur vestimentaire, le rouge voulant sans doute dire que cela va continuer à saigner pour la recherche.

"Le rôle des régions ... il ne s’agit pas de régionaliser la recherche (tonitruant << mais si il ne s’agit que de cela !!! >> dans l’hémicycle) ... bombe à retardement laissé par le précédent gouvernement ... le parlement a été associé en amont du texte ... reconnaissance du doctorat ... pression malthusienne ..." .

Séquence Fight Club. Valérie Pécresse monte à la tribune pour défendre une motion de rejet.
Tout bien considéré sa veste est plus rouge que celle de la Ministre Fioraso. Effectivement, G. Fioraso en rouge révolutionnaire ce n’était pas crédible.

"La LRU ... (Valérie interrompue par ses groupies députés UMP en transe << Excellente loi !!!! >>) tutelle oppressante de l’état ... il fallait réagir ... la loi LRU a secoué les conservatismes, nous avons brisé la spirale de ... le budget de l’université a augmenté de 25%, 730 millions pour le plan réussite des étudiants ... la réforme du CIR a fait de la France le lieu le plus attractif au monde ... vous m’avez choqué quand vous avez dit que les 730 millions n’ont servi à rien. Certes certaines universités ont du mal, mais fallait-il réserver l’autonomie aux universités les mieux gérées ? Pour la première fois le budget de l’université recule, et vous refusez de présenter au parlement un rectificatif, les universitaires ont le droit de la savoir (sonore << Excellent !!! >> venant des bancs UMP) ... vous donnez plus de place aux syndicats ... refusez de donner un pouvoir collégial fort avec l’opposition entre Conseil d’Administration et Sénat Académique vous organisez les luttes entre deux présidences rivales ! ... avec vos communautés d’établissements vous mariez des communautés qui ne le souhaitent pas ... il fallait passer à une nouvelle étape de l’autonomie, avec plus de la moitié des membres du CA extérieurs au monde universitaire, faire une orientation sélective, conforter l’AERES, conforter l’excellence, oui conforter l’excellence nous ne sommes pas là pour mener le combat de la médiocrité (des bancs socialistes << Hoooooou, Hooooooou, Hooooooou ...>>). Sur le CIR je vous donne acte de votre revirement ... le financement par projet c’est l’avenir de la recherche ! L’immobilisme est en marche, rien ne pourra l’arrêter ...".

La dernière phrase a, sans doute, été trouvée dans un dictionnaire de citations parlementaires, elle n’en reste pas moins amusante. Dans mon dictionnaire j’ai aussi, qui pourraient être utilisés dans ce débat : "N’oublions jamais que l’avenir du neuf c’est l’ancien", "A trop vouloir niveler par le bas, ne risque-t-on pas de décapiter les élites", et,sur les droits d’inscription : "Dire qu’il faut faire payer les riches est une affirmation gratuite".

Mais, j’avoue, j’aime bien "L’immobilisme est en marche, rien ne pourra l’arrêter".

Intervention d’un député UMP, Patrick Hetzel : "La loi LRU a été un élan considérable salué par votre directeur de cabinet, Lionel Collet et d’autres membres de votre cabinet, par exemple, Jacques Fontanille".

Ouch !... le cabinet ministériel est pris la main au collet et le scud sémiotique fait mal, très mal. Tiens je n’avais pas remarqué la présence, juste derrière la Ministre, de Lionel Collet.

"Vous mettez en péril les initiatives d’excellence, Mr Gallois est très inquiet à ce sujet ... vous organisez une gouvernance bicéphale entre un CA dont vous diminuez le pouvoir, et un Sénat académique, vous organisez la confrontation".

Intervention d’un député UDI "Projet de loi vide, creux et bavard ... les manifestants étaient devant le Palais Bourbon ...".

Un vote à mains levées s’effectue à la vitesse d’un joueur de bonneteau. J’ai à peine le temps de voir. La motion de rejet est, comment dire, rejetée avant même que tous les députés "contre" aient eu le temps de lever la main. Le décompte des voix n’a, semble-t-il, l’air de ne se faire sérieusement que quand on pense, qu’a priori, il y a des chances d’être tangent (french for too close to call). Marrant, le vote au parlement, c’est du bonneteau. Je ne savais pas.

Intervention de l’opposition : "La LRU, premier grand texte du gouvernement Sarkozy ... moyens sans précédents ... introduire la notion d’excellence ... compétitivité ... donne un véritable élan ... on aurait pu augmenter le poids des missions d’insertion professionnel ... on vous a fait, Madame le Ministre, le cadeau empoisonné de réduire vos moyens ... attractivité envers les chercheurs étrangers ... regroupement forcé d’établissements dans le seul but d’une logique territoriale ... manque d’une autorité affichée dont le rôle est de fixer le cap ... Le Sénat académique aura la haute main sur les programmes ... on augmente la représentation au profit des étudiants et de l’administration ... vous supprimez les PRES et les RTRA au profit des communautés d’établissements ... l’unique critère est géographique ... la gouvernance des nouveaux contrats de site est encore plus floue ... méga-universités qui se superposeront aux universités actuelles ... semblant de rattachement des Grandes Ecoles ..."

Autre intervention de l’opposition : "la concertation a été insuffisante, vous avez délibérément écarté le MEDEF et la CGPME ... disparition des spécialités de master ... l’ HAERES, Haut Conseil, ne fera que valider des procédures ... au profit de superstructures régionales ... le travail parlementaire a subi des méthodes expéditives, les commissions travaillant jusqu’à 4 heures du matin ... déni de démocratie ... circulez il n’y a rien à voir ... procédure d’urgence alors que l’on a reculé l’examen de cet texte pour la loi sur le mariage pour tous ... ces incroyables dispositions pour s’adapter à l’agenda de la Ministre ... jusqu’à 5 heures du matin ... atteinte grave à ... contrairement à vos promesses le vendredi à 14 heures le texte n’était toujours pas en ligne ... report surréaliste le samedi ... Je demande le renvoi en commission".

Réponse du rapporteur Vincent Feltesse : "vous ne pouvez nous reprocher l’urgence quand vous l’avez employé de façon systématique dans les dernières années ... L’urgence se justifie par la nécessité que cette loi s’applique dès la prochaine rentrée scolaire pour que la réussite étudiante ...".

Bon, c’est clair, le fil rouge de cette réforme c’est la REUSSITE ETUDIANTE. Repeat after me  : réussite étudiante. Cette réforme s’inscrit résolument dans le cadre de la réussite étudiante. Repeat after me  : réussite étudiante.

Intervention des Radicaux de Gauche. "l’opposition veut nous faire croire que tout débute avec la réforme LRU, hormis qu’il y a eu bien des réformes auparavant, y compris dans votre camp, réforme Fillon, de Robien ... les radicaux ne sont pas contre l’autonomie bien au contraire ...".

Je n’avais pas réalisé que les radicaux de gauche étaient encore plus séides passionnés de la territorialisation de la recherche que les députés socialistes. J’ai appris une chose.

Rapporteur Vincent Feltesse : "vous nous demandez le renvoi en commission ... le ton apaisé en commission ... les propos y étaient proportionnés ... l’accès à l’autonomie que nous ne remettons nullement en cause ... 50% d’une classe d’age dans le contexte économique et social ... à l’international ... perspectives ... compétitivité ...".

Intervention de l’opposition : "la LRU fut une des lois les plus importantes du précédent quinquennat ... restaurer la légitimité de la performance et de ... vous organisez une gouvernance bicéphale ... vous mettez le système en tension ...".

Intervention des Radicaux de Gauche. "il y a effectivement urgence ... vous parlez d’une absence de concertation avec la CGPME, mais pas du tout il leur a été proposé de ... c’est eux qui ont décliné ...".

Je n’avais pas réalisé que les radicaux de gauche étaient encore plus groupies des syndicats patronaux que les députés socialistes. J’ai appris une chose.

Intervention UDI "vous avez accepté des amendements de l’opposition mais ce ne sont que des amendements de détail ...".

Intervention d’un député socialiste Thierry Braillard : "cette loi répond à une véritable attente ... réussite étudiante ... rend indissociable enseignement supérieur et recherche ... je reste intimement persuadé que ... éminent collègue du Collège de France ... 8 chercheurs sur 10 publient en anglais ... réduire l’écart avec les Grandes Ecoles ... ne pas laisser s’agrandir le fossé ...".

Intervention des Radicaux de Gauche : "... organisation de stages ... reconnaissance des doctorats ... vers l’état au détriment des régions ... décentralisation chère aux radicaux de gauche".

Bon, là j’ai compris, les radicaux de gauche adorent vraiment la territorialisation de la recherche. Message reçu.

Intervention de Marie-Georges Buffet (il est 19 h 30) "aujourd’hui à l’appel des syndicats de la FSU, CGT, FO, Solidaires, et des collectifs SLR et SLU, les universitaires et les chercheurs sont dans la rue pour demander le retrait de votre projet de loi ! Vous n’avez pas su tenir compte de la richesse de leurs propositions et recommandations. Alors qu’ils s’attendaient à une remise en cause de la LRU, les universitaires constatent que le décollage n’a pas eu lieu. Ils contestent la logique portée par votre projet ... vous placez la recherche dans une logique néolibérale ... éclatement des statuts ... conception européenne des régions ... accréditation ... alinéa selon les choix de l’union européenne ... transferts ... pilotage utilitariste ... le CRI cadeau à Sanofi, Aventis, IBM, Texas Instrument ... on ne peut que regretter le maintien de l’ANR ... le CNESER voit ses compétences diminuées ... inquiétudes sur le statut de chercheur à plein temps".

Je quitte le balcon C, et l’Assemblée Nationale bien décidé à revenir le lendemain.
Après une interruption dinatoire, les débats reprendront à 21h30 se terminant à 1 heure du matin.

Les réformes sont en marche. Après le mariage pour tous, la licence pour tous.
Les trois premières années de licence vont devenir une immense bouillie.

De retour dans mon laboratoire je lis ce courriel reçu d’un collègue physicien sur l’introduction de l’insertion professionnelle dans les premières années de licence :

<<Ce qui m’amuse c’est que ces gens, qui ne sont pas enseignants, se proposent de nous "former" pour assurer ces pseudo-formations bidons "d’insertion professionnelle... On assiste à une prise de pouvoir sur une partie de l’enseignement de l’université par des guignols spécialisés en "insertion", "connaissance de l’entreprise", "communication", "marketing", etc... Et ce n’est pas négligeable : 3 ECTS chaque année, ça commence à faire ... Entre ces modules "d’insertion" et la pantalonnade des ARE (il faut voir ce qu’on a osé nous présenter comme modèle d’enseignement pour les ARE en physique : enseigner les lois du mouvement des planètes en faisant danser les étudiants sur de grandes ellipses dessinées sur le sol de l’Atrium, les étudiants se filmant entre eux, et au bout de 30 heures tentent de rendre compte de leurs "conclusions" sur YouTube, évidemment sans jamais écrire une équation ni ouvrir un bouquin, ça fait bien trop mal à la tête), cela préfigure-t-il l’université des années à venir ? >>.

Come on, be positive. Repeat after me  : réussite étudiante.

LRU 2.0 Day 2.

Ayant pu obtenir un carton d’invitation par un député Vert, je reviens le lendemain en fin de matinée en ce même balcon C de l’Assemblée Nationale. Au moment de passer le premier portique de sécurité, enlevant ma ceinture pour éviter le bip (in french : le bip), je m’aperçois alors qu’un pigeon a fienté sur une de mes chaussures. Cet incident m’interpelle symboliquement à double titre : en temps que chercheurs, ou enseignant-chercheurs, nous avons, certes, pris l’habitude, cette dernière vingtaine d’années, de nous faire fienter dessus, mais cette absence de solidarité entre pigeons me choque.

Intervention de Patrick Hetzel député du Bas-Rhin : "employabilité ... question de l’insertion professionnelle ... ".

Rapporteur Vincent Feltesse : "Nous sommes dans une logique de maintien de l’autonomie des universités ...".

C’est bon à savoir.

Intervention d’une députée socialiste Sophie Dessus : "Amendement porté par 50 députés ... oui à l’anglais ... oui à l’accueil d’étudiants étrangers ... mais l’apprentissage ... ".

Intervention de l’opposition "non à transformer le français en langue morte ... Gardez-vous de vendre l’héritage que nous ont laissé nos parents : un trésor est caché dedans (Le Laboureur et ses Enfants, La Fontaine), ... fouler au pied la langue française".

Intervention de la Ministre : " ... la francophonie ... nous avons dit non à l’appellation « Yes Europe » ... ".

Bon là je ne veux pas être méchant avec Geneviève, mais dire qu’on défend la langue française parce que, dans le cadre du passionnant débat d’une poignée de gnomes de Bruxelles (aussi grassement payés qu’ils sont défiscalisés et n’ont de compte à rendre à personne) en vue d’attribuer un nom au futur programme "d’éducation et de formation tout au long de la vie 2014-2020", on s’est exprimé afin que le très ridicule de l’appellation « Yes Europe » (probable résultat créatif d’une onéreuse boîte de com. où on a dû bien se goinfrer) cède la place à « Erasmus pour tous » est un argument, comment dirais-je ... un peu faible.

Intervention d’une députée socialiste Sophie Dessus : "après les excellents propos de la Ministre Fioraso et les engagements qu’elle a donnés, je retire mon amendement ...".

Intervention du député UMP Jacques Myard : "les propos du rapporteur, forcément très compétent puisqu’il est rapporteur ... des fonctionnaires français qui répondent en langue anglaise ...".

Intervention du député UMP Patrick Hetzel : "Mme Dessus avait vu juste ... il est extravagant de voir cette cinquantaine de députés socialistes qui ont soutenu cet amendement être ainsi trahis sur leur propre amendement ! ... ".

Intervention de la députée du groupe Ecologie les Verts Isabelle Attard : "nous avons débattu hier pendant plus de deux heures sur cet article 2 ...".

Dans l’hémicycle à haute voix "La politique au fil de l’eau c’est scandaleux !".

Coup de théâtre ! La présidente de séance à son perchoir "L’auteur(e) de l’amendement l’a retiré, par contre il est REPRIS. Sur le repris de l’amendement ...".

Dans l’hémicycle à haute voix "Nous voterons contre !".

Rappelons que les amendements sont, au fur et à mesure, distribués par des appariteurs aux députés qui ainsi voient un paquet de textes s’entasser devant eux (de copies s’entasser sur leur pupitre d’écolier diraient métaphoriquement les professeurs de la veille).

Le député UMP Patrick Hetzel hilare déchire ostensiblement le texte de l’amendement de la députée Dessus, amendement supporté par les 50 députés socialistes, mais retiré par elle. Voilà ce que vous faites du mandat de vos 50 collègues !!

Bronca, suspense, vote ...

Le député UMP Jacques Myard à haute voix levant ses deux mains : "Je vote contre des deux mains !".

La présidente de séance à son perchoir "Ce ne sera compté qu’une fois.".

Le député Jacques Myard : "C’est bien dommage ! !".

Intervention du député UMP Patrick Hetzel : "... amendement sur le droit d’inscription des étudiants étrangers ... les finances publiques étant ce qu’elles sont ... droits d’inscriptions importants si l’on veut concilier les finances de nos universités avec ...".

Rapporteur Vincent Feltesse : "nous avons eu un bon débat en commission ... la LRU ... Est-ce une mauvaise loi ? Pas entièrement puisque nous ne la remettons pas en cause ...".

Si cela va sans dire cela va encore mieux en le disant : la loi Fioraso ne remet nullement en cause la loi Pécresse. Je ne doute pas que les journalistes d’investigation des journaux de révérence, excusez-moi je voulais dire de référence, ne manqueront pas de communiquer lourdement sur ce point, en français ou en anglais comme ils voudront.

La Ministre : "Laurent Wauquiez avait déclaré il y a ... que la proposition d’augmenter les droits d’inscriptions est scandaleuse ... je constate que ...".

Intervention du député UMP Benoist Apparu : "Terra Nova est plutôt une organisation de gauche que de droite, que je sache, or ... incohérence ... vous aboutissez à la fin de la gratuité pour les classes préparatoires aux Grandes Ecoles pour les français, mais pas pour les étrangers ! ".

Bon là je ne veux pas être méchant avec Benoist, mais si Terra Nova était une organisation de gauche cela se saurait.

Article 58 alinéa 4 (en français courant intervention pour faits personnels).

Intervention pour fait personnel du député Daniel Fasquelle : "les propos insultants de Mr Mandon comme quoi j’avais la phobie des étudiants étrangers ... un grand nombre d’étudiants étrangers me doivent d’avoir soutenu une thèse ...".

Intervention de rétropédalage fleuri du député Thierry Mandon : "Si mes propos ont pu donner asile à cette crainte ... si ... ce n’était nullement mon intention ... je sais la qualité des cours et l’implication envers les étudiants étrangers du député, et professeur des facultés de droit, Daniel Fasquelle ...".

Force est de constater qu’entre électriciens, on ne se marche pas sur le câble (c’est une métaphore).

La séance est levée, elle va reprendre à 15 heures.

Je ne reviens qu’à 17h20, mais les appariteurs ne me permettent pas d’accéder au balcon car il y a une suspension de séance un nouvel amendement étant rédigé en cour de séance. Je ne comprends pas trop le rapport de cause à effet : pourquoi la présence d’un public est-elle considérée comme gênante ? Quoiqu’il en soit, on m’indique qu’il faut attendre cinq-dix minutes, le temps de la rédaction de l’amendement.

Je suis de retour sur les très inconfortables bancs de velours carmin du balcon C.

Nous en sommes à l’article 8, Amendement Numéro 96 de la députée Marie-Georges Buffet.

J’assiste au balai standard, avis défavorable du rapporteur à peine argumenté, avis défavorable de la Ministre, vote éclair les députés ayant à peine le temps de lever la main, rejet. Plus rapide que le bonneteau le jeu parlementaire ...

Article 10, amendement numéro 198 de la députée Isabelle Attard (EELV). Ne me demandez pas comment on passe de l’Article 8 au 10, c’est comme au bonneteau il ne faut pas avoir la prétention, ou la naïveté, de voir passer les cartes.

Intervention de la députée Isabelle Attard : "... revenir à la notion de transfert ... une super-glu jugée totalement inintéressante ... imaginer que le simple mot innovation va résoudre les questions d’emploi ... se focaliser sur le nombre de brevets, c’est un peu comme si on jugeait de la qualité du travail parlementaire au nombre de textes passés ... ".

Avis défavorable du rapporteur à peine argumenté, avis défavorable de la Ministre, vote quasi subliminal des députés. Rejeté.

Intervention de la Ministre : "il manque d’une cellule de détection de signaux faibles ... le transfert s’applique à ...".

Mettre en place une cellule de détection de signaux faibles : une idée qui était si facile à mettre en place ! Que n’y a-t-on pensé, quelle idée brillante, quel signal fort !

Tiens ! Lionel Collet revient dans l’hémicycle.

Intervention de la députée Isabelle Attard : "... on ne peut prédire une application ...".

Intervention du député Patrick Hetzel : "Oui, pour revenir sur ce que vient de dire notre collègue Isabelle Attard ... il faut, non pas un schéma de la prédiction, mais un schéma de l’incitation ...".

Rapporteur : avis défavorable, Ministre : défavorable, vote ... refusé.

Comme au bonneteau je n’ai pas vu les cartes, je ne comprends même pas sur quel amendement de quel article le vote s’effectuait.

La présidente de séance à son perchoir "Vote de l’Article 10". Je vous l’ai fait courte, l’article est adopté en 1/4 de secondes de vote, une fois de plus je n’ai rien vu (ni rien vu venir d’ailleurs ...).

Amendement 341 notion de programmation pluriannuelle. La Ministre : "Sagesse".

La présidente de séance à son perchoir Amendement retiré. Je suis complètement perdu, lequel le 341, un autre ? J’ai l’impression que l’on a demandé le maintien de la suppression du rétablissement d’un paragraphe ...

Amendement 474 défavorable. Amendement 129 avis défavorable. J’ai complètement perdu pied, je me demande si je ne préfère pas le bonneteau, au moins il y a des cartes.

Amendement 603-648 présentés ensembles.

Intervention de la Ministre "En maintenant une recherche fondamentale de haut niveau ... innovation de rupture qui créent des ruptures sur les territoires ..."

Je n’ai pas pris assez vite mes notes, je vous résume : en gros, en matière de recherche fondamentale, il suffira de prononcer le mot, mais, en fait, la recherche fondamentale on s’en fout, ce qui compte c’est l’innovation.

Amendement 648 de précision : il s’agit d’insérer le mot « encourage »BR> Amendement du gouvernement voté en un huitième de secondes.
Amendement 266 pas défendu.
Amendement numéro 38 " ... monde de la coutume, où des échanges formels et informels ..."

Sous-amendement 637
Intervention du député UMP Jacques Myard après que la Ministre ait parlé d’intelligence économique ... : "On m’a traité de Bisounours mais ...".

Le rapporteur Vincent Feltesse : "La commission a émis un avis défavorable".

Intervention du député Patrick Hetzel : "Je voudrais revenir sur l’Amendement XXX de Mme YYY qui est plus clair. La défense des intérêts de ... données sensibles ... ne pas le sous-amender ...".

D’autres intervenants : "J’ai été convaincu par les arguments de la ministre, la rédaction du sous-amendement ...".

Amendement 737 :
La présidente de séance à son perchoir "Merci de lever vos mains !", Ahhhhhhh, ce n’est donc pas moi ! Ce n’est vraiment pas clair ces votes !!

Amendement 38 ainsi sous amendé ...

Amendement 475 "... nécessité d’un rapport biannuel ...".
Le rapporteur Feltesse : nous avons émis un avis défavorable, non pas que nous soyons en désaccord avec ... mais par cohérence ... ".

Vote de l’article 11 ainsi amendé (durée du vote : trois pico-secondes).

Article 12 Amendement de la députée Isabelle Attard, où il est question des logiciels libres et des problèmes associés, car souvent les fichiers Microsoft ou Adobe ne sont pas si libres que cela ...

Le rapporteur Feltesse, Ministre : "Avis défavorable" (au gouvernement on aime bien les monopoles hégémoniques mondialisés). Circulez, il n’y a rien à voir, ce qui est bon pour Bill Gates est bon pour le peuple français, on fait voter en quelques pico-secondes, on n’a pas que cela à faire si on veut avoir fini dans les trente heures.

Vote et ... Stupeur !!! L’amendement est adopté ! Je répète l’amendement est adopté !!!

La députée Isabelle Attard, première étonnée, exprime une expression de surprise absolue se muant bientôt en un touchant sourire rayonnant de petite fille qui a réussi un bon coup. Le trou-en-un au golf, hole in one ! Le truc improbable qu’on va passer en boucle sur YouTube. Luke Skywalker a réussi à faire exploser un missile sur l’étoile noire de la LRU2 ! Bien sûr on a pas pénétré la bouche d’aération et entraîné une réaction en chaîne de la LRU2, mais quand même ...

Les députés autour d’Isabelle Attard échangent maintenant avec elle à haute voix, pris par l’excitation. Même les députés UMP rigolent. De mon balcon je vois une onde de choc se déplacer dans les rangs socialistes : il va y avoir de la remontée de bretelles en perspective.

Vincent Feltesse accuse le coup. Lui qui avait si bien tout verrouillé depuis des heures, des dizaines d’heures en comptant les commissions.
Pas bon pour sa carrière.

C’était tellement surprenant que moi-même, je n’ai pu m’empêcher de pouffer de rire au balcon, ce qui est "streng verboten", rappelez vous l’avertissement : "Le public admis en séance se tient assis et découvert, il doit observer le silence et ne donner aucune marque d’approbation ou d’improbation".

Une apparitrice s’approche immédiatement de moi, et me morigène.
"Oui, oui, je sais, on ne doit s’exprimer d’aucune manière, mais, là, c’était tellement inattendu." "Bon ça va pour cette fois-ci, je vois bien que votre réaction était spontanée, mais ne recommencez pas !".

Visiblement l’ambiance s’est modifiée dans l’hémicycle.

On passe au vote de l’Article 12. Devinez le résultat ? Bon, je blague, il n’y a pas de miracle. Comme on dit à BFM Business " There is no alternative ".

Amendement 376 sur le livre blanc. Contre-feu immédiat "il ne s’agit pas de faire un nouveau rapport ...".

Je suis pleinement rassuré.

La Ministre : "la commission a donné un avis réservé ... il s’agit de préserver d’un trop plein de bureaucratisation ... mais nous nous sommes laissés convaincre de passer de réservé ou défavorable à "sagesse".

Finalement je me dis que ça fait ultra-chic de pouvoir dire, comme cela, "Sagesse".

Le député UMP Benoist Apparu : "la multiplication des niveaux stratégiques, la multiplication des stratégies diverses et variées ... on va bureaucratiser les choses ...".

Le rapporteur Vincent Feltesse : "j’ai déposé deux amendements ... démarche de mise en cohérence ... essai de simplification mais aussi de solennisation".

Diantre, est-ce un sentiment ou le rapporteur essaye de rattraper les points qu’il a perdu tout à l’heure ?

Amendement 202 de la députée EELV Isabelle Attard.
Le rapporteur Vincent Feltesse (que je sens contracté) : "Rapport défavorable".
Ministre idem. Evidemment cela ne passe pas.

Amendement 203. Le rapporteur Vincent Feltesse : "Rapport défavorable".
La Ministre "ce rôle peut être rempli par l’office parlementaire inutile de mettre cela dans la loi".

Article 12.10
Article 12.ter nouveau Adopté.

Ai-je bien entendu, il y a du 10 et du ter ? Je suis de nouveau complètement perdu.

Amendement 90 soutenu par Marie-George Buffet pour renforcer le CNESER

Rapporteur : "avis défavorable, le CNESER demeure consultatif et non délibératif"
Quant au vote ...

Article 13 Amendement 366 pas défendu. Amendement 453 retiré.
Amendement 488 pas défendu.

Amendement 204 de la députée Isabelle Attard (V. Feltesse se tend comme un suricate) : " ... CNESER ... les moyens sont flous ... financement du grand emprunt qui ne relèvent pas du budget de l’état ..."

Oui, vous ne le savez sans doute pas, mais les Galloiseries du Grand Emprunt sarkosiste échappent à tout contrôle parlementaire, ce qui énerve fortement certains parlementaires.

Rapporteur : défavorable. La mission du Haut Conseil (HAERES) sera également de dire des banalités sur le Grand Emprunt : il n’y aura qu’à dire que cela remplace un contrôle parlementaire ...

La Ministre apporte une précision (diversion ?) : le vocable de moyens est plus large car il comprend les emplois. Conclusion, demande de retrait de l’amendement.

Amendement retiré.
Amendement 456 retiré.
Amendement 132 du député Patrick Hetzel.

La Ministre : "il est essentiel que les conseils soient paritaires. il est assez infamant de penser que dans le vivier des jeunes femmes, il n’y aurait pas les compétences".

Applaudissements nourris dans les rangs socialistes.

Intervention du député UMP Patrick Hetzel : "nous avons eu un certain nombre d’échanges ...difficultés d’ordre opérationnel ... CNESER ... élection au second degré ... fragilité juridique de cette élection au second degré ... ".

Article 13 adopté plus vite que Lucky Luke tire sur son ombre.

Article 14 a (ah bon il y a du 10, du ter, du ter nouveau, du a ?)

Amendement 133
Intervention du député UMP Patrick Hetzel : "il faut mutualiser les bonnes pratiques"
La Ministre demande un retrait.
Patrick Hetzel : "L ’amendement ne sera pas retiré". Vote : devinez ...

Article 15 Je vous passe l’amendement 272, et les discussions sur les stages et leur effets pervers de trompe l’oeil pour retarder le vrai emploi, les propos de la Ministre sur le doublement de l’alternance, l’importance de l’insertion professionnelle, et l’ouverture sur les écosystèmes économiques, privilégier le dialogue social. La Ministre botte beaucoup en touche : "sur ceci et sur cela il va y avoir un projet de loi de Michel Sapin ...".

Rapporteur : "la commission a émis un avis défavorable pour des raisons (sic) de pureté juridique, juste pour une question de cohérence ...".

Amendement 20, amendement de précision d’Olivier Falorni (RRDP) rapprochement du monde universitaire et de l’entreprise.

Rapporteur : "La commission a émis un avis défavorable", la Ministre demande le retrait.
Vote : devinez ...

Amendement 457 Intervention d’une députée : "Les grandes banques ont plus de 11000 stagiaires, les étudiants diplômés ne trouvent pas d’emplois à cause des stagiaires non diplômés !"
Intéressant ce qu’elle dit mais ... elle retire son amendement !

Amendement 173

Rapporteur : "Cette loi porte essentiellement sur le code de l’éducation. Je me permettrais de suggérer le retrait".

Intervention de Marie-George Buffet "Le problème des stages pour les jeunes qui n’ont pas de réseaux. Si les jeunes n’ont pas les stages ils perdent la possibilité de continuer. L’accès au supérieur est conditionné par le stage : ils se retrouvent alors avec une année vacante !"

Rapporteur : "Nous avons fait un certain nombre de propositions. Je connais les désaccords de Mme Buffet avec l’ANI ...".

Intervention de Philippe Doucet (SRC) : " ... demander aux entreprises qui ont bénéficié d’aides publiques ... ".
Mme la Ministre, je ne peux pas retirer mon amendement."

Patrick Hetzel à haute voix << La négociation c’est maintenant !!! >>

Philippe Doucet : "dans le dialogue nous retirons notre amendement."

Patrick Hetzel : applaudissements sarcastiques et ostensibles.

Là je quitte, mon balcon de souffrances physiques, mais aussi d’élévation citoyenne.

Je ne reviendrai plus après ces deux premières journées intenses, assister aux débats parlementaires. L’Assemblée terminera l’examen du projet de loi ESR, le vendredi 24 mai à 21h20, après 29 heures de débat alors que le temps programmé était fixé à 30 heures.
114 amendements auront été votés sur les 669 déposés. En commission des affaires culturelles et de l’éducation, la semaine précédente, l’examen avait duré 17 heures et 712 amendements avaient été discutés.

Le vote solennel aura lieu le 28 mai.

En particulier je n’aurais pas assisté au fameux amendement modifiant l’article 43 afin de < favoriser la mobilité entre les différents statuts des personnels de l’enseignement supérieur et ceux de la recherche, au sein du même établissement d’enseignement supérieur, entre établissements d’enseignement supérieur, avec les organismes de recherche et les fondations du secteur de la recherche, avec les services publics de toute natures, et entre ces services et établissements et les entreprises, en France ou à l’étranger.>

Rappelons, pour ceux qui voudraient leur marquer des signes électoraux futurs d’approbation ou d’improbation, que cet amendement n° AC 436 aura été présenté par MM. Jean-Yves le Déaut, Jean-Louis Touraine, Mme Anne-Yvonne Le Dain, MM. Sébastien Denaja, Hervé Féron, Daniel Goldberg, Pierre-Yves Le Borgn’, Mme Marietta Karamanli et M. Armand Jung.

Sur les questions majeures, à savoir les moyens et "gouvernance" des communautés d’universités, Marie-George Buffet aura affirmé que «  le regroupement, s’il n’est pas accompagné de moyens humains et financiers, peut assécher une partie de ses composantes » et « s’il n’est pas accompagné d’une véritable démocratie, il peut se transformer en une forme de féodalité, pas toujours source d’innovation ». Elle plaidera (en vain ...) pour « un fonctionnement démocratique » et pour que « les identités de chaque établissement » soient respectées.

Isabelle Attard, de son côté, aura proposé de récrire l’article 38 car « ce qui pose problème au sein de la communauté universitaire aujourd’hui, ce n’est pas la création de ces regroupements mais le flou qui entoure leur gouvernance ». Toutes ces propositions seront rejetées : elles visaient à faire en sorte que ces rapprochements, ainsi que le contrat de site, ne soient pas obligatoires. Pour plus de démocratie et de collégialité, elle souhaitait « un mimétisme plus fort avec les structures universitaires » ou que le conseil académique soit composé, au moins pour moitié, de représentants élus au suffrage direct. Dans la même idée, le groupe écologiste proposait aussi que la fusion, ou la création d’une communauté d’universités, soit votée à la majorité absolue des deux tiers du CA et du conseil académique, et non à la majorité simple, pour s’assurer d’un « large consensus ».

Voilà c’est fini. Je reçois un courriel d’un membre éminent de SLR. Il m’écrit : « je suis très fatigué de ces années de lutte qui débouchent sur cette abominable LRU2, j’ai l’impression d’avoir beaucoup donné en vain, j’ai besoin de repos ».

Bon, vous connaissez tous la différence entre le drame et la tragédie. Le drame on a des chances de s’en sortir (drama signifie action). La tragédie, en revanche, aucune chance de s’en sortir. L’issue est souvent la mort, surtout dans le théâtre antique, les personnages affrontent des êtres supérieurs (les Dieux, Le Marché, Angela Merkel ...).
La pièce qui vient de se jouer était, non pas un drame en deux actes, mais une tragédie en deux actes : LRU1 et LRU2. Il n’y avait pas d’alternative (there is no alternative).

En ces temps où, pour le 150 ème anniversaire du SPD, le Président de la République Française vient de faire l’éloge du l’ex-chancellier Gerard Schröder et de ses réformes Hartz Vier, prenons une grille d’analyse résolument libérale : la destruction universitaire à laquelle nous allons assister nous devons, peut-être, la penser comme un processus positif de destruction créatrice schumpéterienne, aussi appellée innovation schumpéterienne. Rappellons que Schumpeter estime que la démocratie est vouée à disparaître pour des raisons sociales et politiques. La LRU2 va donc dans le bon sens.
Quelques esprits chagrins rappelleront que Joseph Schumpeter fut un catastrophique ministre des finances d’un empire austro-hongrois qui s’effondrait, et qu’il dirigea, pendant quatre ans, une banque privée, la banque Biedermann de Vienne, qu’il mènera à la faillite.
Personne n’est parfait.

Alternativement, on peut aussi penser l’avenir en termes d’un évolutionnisme plus hayekien, où l’arbre universitaire finira par s’adapter à la tronçonneuse des réformes.
Friedrich August von Hayek n’avait-il pas déclaré en 1981, au journal chilien Mercurio "Personnellement je préfère un dictateur libéral à un régime démocratique sans libéralisme" ?
Là encore la LRU2 va dans le bon sens.

Cessons de nous plaindre. Il n’y a pas d’alternative :
reculer serait faire un pas en arrière dans le sens contraire où nous allons.

Ich weiß nicht was soll es bedeuten, daß ich so traurig bin ...

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