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Alain Fuchs sera reconduit à la tête du Cnrs - S. Huet, Libé-Blog Sciences2, 25 février 2014

jeudi 27 février 2014, par B. Blanc & W. Bonnet

Alain Fuchs, nommé à la tête du Cnrs par Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy le 21 janvier 2010 sera reconduit à son poste par Geneviève Fioraso et François Hollande.

Cette future nomination ne fait plus aucun doute après le vote positif des commissions concernées au Sénat et à l’Assemblée nationale (un vote négatif aux deux tiers empêche le Président de la République de nommer le recalé). Un prochain Conseil des ministres prendra donc cette décision qui soulève plusieurs questions.

La procédure de nomination du Président du Cnrs aurait pu être l’occasion d’une véritable recherche de candidats et surtout d’un débat de politique scientifique et d’organisation de la recherche. Une occasion d’autant plus attendue que le quinquennat sarkozyste fut celui d’une réorganisation de l’enseignement supérieur, des relations entre les organismes de recherche et les Universités, d’une inflexion forte des modes de financement et d’une stagnation voire d’un affaiblissement des postes pérennes de chercheurs et d’ingénieurs. Cette politique fut vigoureusement contestée par la gauche syndicale universitaire et des laboratoires de recherche, dans la rue. Avec notamment en 2009 la plus longue et dure grève du milieu universitaire depuis 1968. Et de vives confrontations entre discours présidentiels et porte-paroles de chercheurs, lire ici un texte signé d’Albert Fert (Nobel de physique), Bruno Chaudret, Yves Laszlo et Denis Mazeaud.

Lors de la campagne électorale de 2012, François Hollande avait exprimé le souhait de « reconstruire l’enseignement supérieur et la recherche, en s’appuyant sur ses atouts et ses talents, afin d’y impulser une nouvelle dynamique ». Une reconstruction logique puisque selon le candidat du PS à l’élection présidentielle « depuis plusieurs années, le pilotage de la recherche se retrouve placé dans les mains d’une bureaucratie centralisée et opaque, aux techniques managériales, qui dicte ses priorités - et les financements qui en dépendent - à la communauté scientifique. Or, c’est tout le contraire qu’il faut faire... ».

Occasion de débat perdue

Il faut donc croire, avant toute analyse supplémentaire, que la reconduction d’André Syrota à l’Inserm et celle d’Alain Fuchs au Cnrs signifie que l’on peut « reconstruire », « impulser une nouvelle dynamique », faire « tout le contraire » avec les mêmes personnes, placés aux postes dirigeants. Étrange.

Le gouvernement a tout fait pour que cette occasion de débat ne soit pas saisie. Ni dans la procédure, gérée de manière discrète et décourageant toute candidature alternative à la reconduction d’Alain Fuchs. Ni sur le fond des questions posées.

Côté procédure, le gouvernement a tardé à faire paraître au journal officiel, le 10 décembre 2013, l’appel à candidatures, alors que le mandat d’Alain Fuchs se terminait le 20 janvier. Du coup, Mme Fioraso a été obligée de le nommer Président par intérim depuis le 20 janvier, en attendant la nomination par le Conseil des ministres. A ma connaissance, devant cette évidente mauvaise volonté et un choix dicté par avance, seul l’ancien directeur de l’INSU, Dominique Le Quéau, a fait acte de candidature, sans espoir véritable, mais pour éviter, au moins, que l’on puisse proclamer "il n’y avait qu’un seul candidat". Auditionné à la va vite par le cabinet du ministre, Le Quéau m’a confirmé le caractère tout à fait formel - au sens de sans réelle alternative - de la procédure suivie.

Sur le fond, comment se fait-il que la politique suivie par le gouvernement soit tout à fait compatible avec le maintien en fonction des personnels dirigeants nommés par la droite ? L’argument de la compétence ne tient pas. Quelles que soient celles d’André Syrota et d’Alain Fuchs, l’idée qu’il n’existerait aucun scientifique engagé à gauche et capable d’occuper ces fonctions est assez insultante. Une autre piste serait que ces personnes auraient été choisies par la droite en raison de leur compatibilité avec des chercheurs contestataires et plus à gauche que la moyenne du pays. Argument assez faible. La meilleure piste demeure donc celle-ci : la réorientation voulue par François Hollande et mise en œuvre par Geneviève Fioraso est si éloignée des propos de campagne... qu’elle peut tout à fait se réaliser avec le personnel dirigeant précédent.

Il est vrai que les continuités sautent aux yeux. Les postes de chercheurs ont diminué ces dernières années ? En 2014 le Cnrs ne va recruter que 300 chercheurs contre 400 en 2010, comme le montre l’image ci-contre. Lors de son audition, Alain Fuchs a reconnu que l’évolution prévue des départs à la retraite (en baisse pour les prochaines années) plus le non-remplacement, depuis plusieurs années des départs pour d’autres causes, aboutit à un taux de recrutement trop bas, qui envoie un signal désastreux aux jeunes scientifiques. De son côté, le Conseil Scientifique du Cnrs parle plutôt d’une situation catastrophique. En tous cas, le gouvernement préfère probablement un patron du Cnrs qui ne sera pas trop virulent sur ce sujet.

De la même manière, le gouvernement préfère certainement des dirigeants qui poursuivent sans état d’âme la mise à la rue des centaines de jeunes recrutés sur contrats à durée déterminée. Une pratique dont la plupart des responsables de laboratoires connaissent et dénoncent la nocivité. La courbe présentée ci-contre montre l’explosion de ces CDD suivent aux réformes sarkozystes, puis le début de leur décrue qui ne s’est en aucun cas traduit par une augmentation des effectifs stables mais par une diminution de la force de travail des laboratoires. Aujourd’hui, la décrue s’accentue.

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